Disponible sur Netflix, La Carte des désirs (El mapa de los anhelos) adapte le roman à succès d’Alice Kellen. Portée par Alícia Falcó et marquée par la présence de Georgina Amorós dans un rôle clé, cette série espagnole mêle romance, reconstruction et quête de soi. Mais derrière son histoire d’amour se cache un récit bien plus profond sur le deuil, les liens familiaux et la possibilité de réapprendre à vivre.

Ces derniers temps, la fiction espagnole diffusée sur Netflix est plus généralement associée aux thrillers à succès. Des séries comme, La Petite Fille sous la neige, Le Jardinier ou Berlin ont façonné cette image auprès du grand public. Pourtant, réduire la création espagnole au suspense serait oublier une autre de ses grandes forces : raconter les émotions autrement.
Les Demoiselles du téléphone, Entre deux terres, Si j’avais su ou encore Un compte parfait ont déjà montré que l’Espagne savait aussi raconter dans les récits plus intimistes. Avec La Carte des désirs, Netflix poursuit cette voie en proposant une œuvre sensible qui parle autant d’amour que de reconstruction. Une fiction qui prend son temps, qui laisse respirer ses personnages et qui rappelle qu’il existe parfois de très belles surprises loin des explosions et des cliffhangers.
La Carte des désirs : que devient-on lorsque la raison même de son existence disparaît ?
Composée de six épisodes, cette adaptation du roman à succès El mapa de los anhelos (La Carte des désirs) d’Alice Kellen, propose un point de départ aussi bouleversant que singulier : celui d’une jeune femme qui doit apprendre à vivre après avoir perdu la personne qui a toujours occupé une place centrale dans son existence.
Synopsis : Greta est une jeune femme dont la vie a été profondément marquée par sa sœur aînée. Depuis son enfance, elle a grandi avec une réalité particulière : sa naissance n’était pas seulement liée au désir de ses parents d’avoir un enfant, mais aussi à l’espoir de sauver sa sœur malade. Une situation qui a façonné leur relation et créé entre elles un lien fusionnel hors du commun. Mais lorsque cette sœur disparaît, Greta se retrouve confrontée à une question vertigineuse : comment avancer lorsque toute une partie de son identité semblait construite autour d’une autre personne ?
Avant de mourir, Lucy a confié à Will Tucker un jeu créé pour sa sœur Greta, mais cette dernière va devoir faire confiance à l’énigmatique jeune homme si elle veut y jouer.
C’est à partir de cette interrogation que La Carte des désirs construit son récit. Plus qu’une simple histoire d’amour, la série raconte avant tout un chemin de reconstruction. Elle suit une jeune femme qui doit progressivement apprendre à exister pour elle-même, à découvrir ses propres rêves et à accepter qu’elle a le droit de continuer à vivre malgré la perte.
Alícia Falcó et Georgina Amorós : raconter le deuil pour mieux apprendre à vivre
« Les genres qui sont davantage associés aux hommes, comme le thriller, bénéficient souvent d’une image plus sérieuse. À l’inverse, les histoires destinées à un public féminin peuvent parfois être moins valorisées. Pourtant, les femmes sont de grandes consommatrices de fiction audiovisuelle et de culture. »
Georgina Amorós lors de son entretien au site Europapress
La carte du désir est une série qui s’appuie sur un jeune casting bien connu des abonnés de la plateforme Netflix. Toutefois, au-delà de son histoire de reconstruction, la série a également séduit ses interprètes par les thèmes universels qu’elle aborde. Pour Alícia Falcó, qui prête ses traits à Greta, la série permet notamment d’interroger notre rapport au deuil, un sujet encore difficile à appréhender dans notre société.
« Je ne sais pas si le deuil est quelque chose que l’on dépasse réellement ou si c’est plutôt quelque chose avec lequel on apprend à vivre », expliquait l’actrice au media Europa Press lors de la promotion de la série. Pour elle, alors que la santé mentale et la thérapie occupent aujourd’hui une place plus importante dans les discussions, le deuil reste encore un sujet que l’on préfère parfois éviter.
Une réflexion partagée par Georgina Amorós, qui souligne l’importance de mettre des mots sur la disparition et de normaliser cette expérience : « C’est quelque chose qui nous entoure tous. Il faudrait réussir à l’aborder davantage, car lorsque la perte arrive dans nos vies, nous n’avons pas toujours les outils pour y faire face. » Elle évoque également un autre enjeu : la manière dont sont perçues certaines fictions centrées sur les émotions. Selon elle, les œuvres davantage associées à un public féminin sont parfois moins considérées que d’autres genres comme le thriller, souvent jugés plus « sérieux ». Une perception qu’elle remet en question en rappelant l’importance du public féminin dans la consommation culturelle et audiovisuelle.
La critique de la rédaction :
Avec La Carte des désirs, Netflix propose une série qui s’inscrit parfaitement dans les romances estivales que la plateforme aime mettre en avant pendant cette période. Dans la lignée d’Un conte parfait, la fiction espagnole joue avec les codes de la romance et du récit de rencontre. Mais derrière son apparente légèreté, elle aborde un sujet beaucoup plus profond.
Car le point de départ de l’histoire de Greta est loin d’être anodin. Sa naissance est liée à l’espoir de sauver sa sœur malade, une situation qui aurait pu ouvrir la voie à une réflexion sur le poids d’une telle responsabilité et sur la manière dont une personne construit son identité lorsqu’elle grandit avec cette réalité. Pourtant, la série choisit une autre direction : elle préfère explorer la beauté du lien qui unit les deux sœurs plutôt que les conséquences psychologiques ou éthiques de cette situation.
Entre Greta et sa sœur, la relation est avant tout présentée comme un lien fusionnel. Greta n’a jamais vécu son rôle comme un sacrifice. Prendre soin de sa sœur faisait partie de son histoire, de son quotidien et de ce qu’elles partageaient ensemble. Mais lorsque cette dernière disparaît, le vide devient immense : Greta ne perd pas seulement une personne qu’elle aime, elle perd aussi une partie de son identité.
C’est là que réside le véritable enjeu de La Carte des désirs. La série raconte comment une jeune femme, qui a longtemps construit sa vie autour de quelqu’un d’autre, va devoir apprendre à découvrir qui elle est réellement. Et le paradoxe est que c’est justement sa sœur, à travers les souvenirs et le lien qu’elles ont construit, qui va indirectement l’aider à avancer. Derrière sa romance et son atmosphère douce, la série raconte donc avant tout une renaissance : celle d’une femme qui doit retrouver ses propres envies, ses propres rêves et accepter qu’elle a aussi le droit de vivre pour elle-même.
