À Magaluf, du 25 au 28 mai 2026, Conecta Fiction a célébré sa dixième édition en réunissant les différents acteurs de l’industrie audiovisuelle. Entre coproductions internationales, nouveaux formats et rencontres professionnelles, le marché défend une approche fondée sur la proximité. Une dimension que nous avons pu expérimenter de l’intérieur, en présentant notre première série dans la catégorie Pitch Comedy.

Comment passe-t-on d’une idée de série à un projet susceptible de trouver ses partenaires ? C’est l’une des questions au cœur de Conecta Fiction, dont la dixième édition s’est tenue du 25 au 28 mai 2026 à Magaluf, à Majorque. Avec plus de 400 professionnels venus de 29 pays et 26 projets sélectionnés pour ses quatre sessions internationales de pitch, le marché a réuni les acteurs de l’audiovisuel autour des enjeux de développement et de coproduction, tout en accordant une place aux nouveaux formats et aux mutations du secteur.
Pour La Montée Ibérique, cette édition avait une résonance particulière. Journaliste spécialisée dans les productions hispanophones, je suis également venue à Magaluf avec une autre casquette : celle de productrice présentant ma première série, Emmanuel Klaus, une coproduction franco-espagnole. Une expérience qui m’a permis de découvrir le marché de l’intérieur, au plus près de celles et ceux qui cherchent à faire exister leurs projets.
Conecta fiction : un marché à taille humaine pour faciliter les rencontres
Dans un secteur où les décideurs peuvent parfois sembler difficiles d’accès, Conecta Fiction mise sur un format à taille humaine qui favorise les échanges directs entre professionnels. C’est l’un des aspects qui nous a le plus marqués : la possibilité de dialoguer avec des producteurs et d’autres décideurs, mais aussi de rencontrer des porteurs de projets et de partager des expériences dans un cadre propice à l’écoute.
L’édition a également fait la part belle aux œuvres et aux talents, avec notamment l’avant-première de Mallorca Confidencial, thriller de David Ilundain porté par Lolita Flores et Elena Furiase, et la projection spéciale de Se tiene que morir mucha gente, série originale de Movistar Plus+. Le journaliste de Variety John Hopewell a par ailleurs reçu le Prix d’honneur de Connecta pour sa contribution à la couverture internationale de l’industrie audiovisuelle.
Cette proximité se retrouve dans la diversité des propositions réunies à Magaluf. Aux côtés des présentations de séries dramatiques et comiques, le marché a notamment accueilli des sessions consacrées aux fictions verticales, ainsi que des présentations de films. L’objectif est de faire dialoguer les différents acteurs de l’industrie, des créateurs aux producteurs et diffuseurs, tout en favorisant les rencontres susceptibles de déboucher sur des collaborations.
La coproduction internationale occupe une place importante dans cette dynamique. Mais réunir des professionnels de différents pays ne suffit pas à faire naître un projet commun : encore faut-il trouver une vision partagée et des partenaires qui puissent accompagner son développement. C’est précisément là que la proximité prend tout son sens, en permettant aux projets de rencontrer des interlocuteurs potentiels et de faire émerger de nouvelles perspectives.
Pitcher sa série : quand la création rencontre le regard des professionnels
Cette année, j’ai moi-même découvert cette réalité en présentant ma première série, Emanuel Klaus une comédie inspirée de faits réels conçue comme une coproduction franco-espagnole. Le projet, dont l’histoire se déroule entre la France et l’Espagne et qui intègre la culture espagnole jusque dans l’identité de son personnage principal, a été présenté dans la catégorie Pitch Comedy.
L’expérience change nécessairement le regard que l’on porte sur le marché. En tant que journaliste, je suis habituée à observer les œuvres et les professionnels qui les font exister. En tant que porteuse de projet, il faut désormais réussir à susciter l’intérêt pour une histoire qui n’a pas encore été produite. D’ailleurs, le pitch constitue un exercice particulier : il ne s’agit pas simplement de résumer une intrigue, mais de parvenir à en faire ressortir la singularité et le potentiel. Il faut donner envie d’en savoir plus, tout en permettant aux interlocuteurs professionnels de comprendre ce que le projet pourrait devenir.

© Tomàs Moyà / Photographer
www.tomasmoyaphoto.com
J’ai notamment été frappée par la liberté laissée aux participants dans la manière de présenter leurs projets. Sous réserve des contraintes techniques, Conecta Fiction ne semble pas imposer une forme unique de présentation. Certains peuvent privilégier une approche classique, d’autres choisir la vidéo ou une présentation plus incarnée, en faisant de la mise en scène elle-même un moyen de transmettre l’univers de leur série. Cette ouverture m’a permis de confronter l’approche que j’avais découverte au cours de ma formation en gestion de production audiovisuelle, qui accorde une place importante à l’énergie et à l’incarnation du pitch, à un cadre dans lequel la créativité peut s’exprimer de différentes manières.
La préparation en amont de Conecta fiction joue également un rôle important. Avant le marché, nous avons notamment dû enregistrer une vidéo, puis bénéficier d’une séance individuelle de plus de 45 minutes avec une coach. Cet accompagnement permet de travailler sa présentation avant de la confronter aux professionnels. Une fois les pitchs terminés, les rencontres se poursuivent à travers les rendez-vous organisés par les participants. J’ai ainsi pu échanger avec des producteurs intéressés par mon projet. Ces premiers contacts ne préjugent pas de la suite, mais ils illustrent la manière dont une présentation peut ouvrir la voie à des discussions plus approfondies.
Car convaincre ne signifie pas nécessairement obtenir une réponse immédiate. Il s’agit d’abord de faire exister le projet auprès des bonnes personnes et de créer les conditions d’un dialogue susceptible de se prolonger et Conecta Fiction créé l’écosystème qui permet ces échanges.
Des formats en évolution, des rencontres décisives
Des séries dramatiques et comiques aux fictions verticales, Conecta Fiction témoigne aussi de la diversité des formats qui composent aujourd’hui le paysage audiovisuel. En consacrant une session de pitch aux séries verticales, le marché ouvre ses portes à des propositions pensées pour de nouveaux usages et de nouveaux modes de consommation. Mais au-delà des formats présentés, c’est la capacité à rapprocher les professionnels qui constitue l’un des intérêts de ce rendez-vous. Les échanges avec les producteurs, les diffuseurs et les autres porteurs de projets permettent de confronter les idées, de mieux comprendre les attentes du secteur et, parfois, d’ouvrir la voie à de nouvelles collaborations.
Pour La Montée Ibérique, cette édition de Conecta Fiction aura ainsi permis d’aborder l’industrie audiovisuelle sous un double regard : celui du média qui suit les productions hispanophones et celui de la productrice qui cherche à faire exister sa première série. Une expérience qui rappelle qu’avant d’arriver à l’écran, une fiction doit trouver ses partenaires, convaincre et se frayer un chemin dans un écosystème où les rencontres peuvent compter autant que les idées.
