Valentina Maurel : « Dans Ton animal maternel, les personnages cherchent leur place face au regard des autres »

À l’occasion de la sortie de Ton Animal maternel, la Montée Ibérique a rencontré la réalisatrice costaricienne Valentina Maurel et les actrices Daniela Marín Navarro et Mariangel Villegas. Un échange autour de la maternité, de la santé mentale, du regard des autres, de la sororité et d’une génération en quête de repères.

Valentina Maurel : « Dans Ton animal maternel, les personnages cherchent leur place face au regard des autres »
Valentina Maurel : « Dans Ton animal maternel, les personnages cherchent leur place face au regard des autres »

Le cinéma costaricien reste encore largement méconnu du public francophone. Une méconnaissance qui ne reflète pourtant pas la richesse d’une production qui, depuis plusieurs années, commence à trouver une place plus importante sur la scène internationale.

Parmi les cinéastes qui participent à cette évolution, Valentina Maurel occupe une place particulière. La réalisatrice a toujours choisi de tourner au Costa Rica et d’ancrer ses histoires dans cette réalité qui est la sienne. Avec Soy tu animal materno primé dans la compétition un certain regard du dernier festival de Cannes, elle poursuit cette exploration d’un cinéma profondément lié à son pays, mais qui ne cherche jamais à enfermer ses personnages dans une seule identité. À travers deux sœurs et leur entourage, la réalisatrice interroge une génération confrontée à ses propres contradictions, à la pression sociale et à la difficulté de trouver sa place.

Rencontre avec Valentina Maurel, Daniela Marín Navarro et Mariangel Villegas

Nous avions déjà rencontré Valentina Maurel quelques années auparavant. Pour la sortie de Ton animal Maternel, nous avons eu l’occasion de la retrouver, cette fois accompagnée de ses deux actrices principales, Daniela Marín Navarro et Mariangel Villegas, que nous avons également rencontrées séparément. Très vite, une évidence s’est imposée : derrière les personnages et l’histoire racontée par le film se cache une véritable introspection.

Pour Valentina Maurel, le film interroge notamment son propre rapport à la maternité, à la création et à la possibilité de concilier une vie artistique avec une vie de mère. Pour les deux comédiennes, l’expérience passe également par une confrontation avec des personnages particulièrement intimes, des situations parfois crues et des sujets encore largement tabous. Le regard des autres devient alors l’un des fils conducteurs de cette rencontre : celui que l’on porte sur les personnages, celui que les personnages subissent, mais aussi celui auquel les actrices elles-mêmes se retrouvent confrontées en donnant corps à ces femmes.

Ton animal maternel, une histoire de sœurs et de générations

Dans Soy tu animal materno, deux sœurs que tout semble opposer tentent de trouver leur place dans un monde qui leur impose ses propres attentes. À travers leur relation, Valentina Maurel s’intéresse à une génération en quête de repères. Une génération qui cherche parfois refuge dans des croyances, dans des imaginaires ou dans des formes de pensée qui peuvent sembler éloignées de celles de leurs parents.

Mais le film ne porte pas de jugement sur ses personnages. C’est précisément ce qui lui permet de dépasser son contexte costaricien pour toucher à quelque chose de beaucoup plus universel. La relation entre les deux sœurs constitue ainsi l’un des cœurs du récit. Amour, colère, incompréhension, rapprochements et éloignements : leur lien évolue au fil du film et repose également sur un travail très libre entre les deux actrices et leur réalisatrice, qui leur a laissé une place importante à l’improvisation.

Cette approche permet surtout de donner aux personnages une véritable complexité. Elles ne sont jamais réduites à une fonction dans le récit ou à une représentation de leur génération.

Une réflexion sur la maternité et le regard des autres

La maternité occupe également une place centrale dans Soy tu animal materno. Mais Valentina Maurel ne cherche pas à représenter une mère parfaite. Au contraire, elle s’intéresse à une femme qui tente de préserver une part d’elle-même, de poursuivre son parcours et de ne pas entièrement se sacrifier au rôle que la société attend d’elle. Une question particulièrement intime pour la réalisatrice, qui a elle-même écrit le film pendant sa grossesse.

Cette maternité entre alors en résonance avec les autres thématiques du film : la santé mentale, les injonctions sociales, la peur du jugement et cette difficulté à savoir ce que l’on doit être pour être accepté. C’est aussi ce qui rend le film particulièrement intéressant. Soy tu animal materno ne demande pas nécessairement au spectateur d’approuver les choix de ses personnages. Il l’invite plutôt à essayer de les comprendre.

Et derrière les trajectoires de ces deux sœurs se dessine finalement une question plus large : comment construire sa propre vie lorsque les attentes de la société, de la famille ou de ceux qui nous entourent entrent en contradiction avec ce que nous sommes réellement ?

Un cinéma costaricien qui cherche sa place

Avec ce premier long métrage, Valentina Maurel poursuit également une réflexion sur son identité de cinéaste costaricienne. Lors de la présentation du film, la réalisatrice a notamment choisi de prendre la parole en espagnol alors qu’elle aurait pu s’exprimer en français. Un choix qui n’a rien d’anodin : pour elle, il était essentiel de revendiquer son identité costaricienne et de raconter cette histoire depuis l’intérieur, plutôt que de porter un regard extérieur sur son propre pays.

Ce choix fait écho à une évolution plus large : celle d’un cinéma hispanophone qui gagne progressivement en visibilité sur la scène internationale. Et c’est peut-être là que Soy tu animal materno trouve sa plus belle force. En racontant une histoire profondément ancrée dans une réalité costaricienne, Valentina Maurel parle finalement de préoccupations qui dépassent largement les frontières : la famille, la maternité, la santé mentale, la quête d’identité et le besoin de trouver sa propre place.

Un film intime, parfois dérangeant, mais surtout profondément humain à découvrir dans les salles depuis le 7 octobre.

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