Juanita Molina et Janner Villarreal : “Dear Killer Nannies n’est pas une série sur Pablo Escobar, mais sur l’héritage de la violence”

Présentée au Series Mania, la série Dear Killer Nannier : Creada por sicarios s’impose comme l’une des fictions latino-américaines les plus attendues de la plateforme Disney Plus. À cette occasion, La Montée Ibérique, accréditée sur le festival, s’est entretenue avec les comédiens principaux, Juanita Molina et Janner Villarreal, pour évoquer les enjeux, la réception et la responsabilité d’une série inspirée de faits réels.

Juanita Molina et Janer Villarreal : “Dear Killer Nannies n’est pas une série sur Pablo Escobar, mais sur l’héritage de la violence”
Juanita Molina et Janer Villarreal : “Dear Killer Nannies n’est pas une série sur Pablo Escobar, mais sur l’héritage de la violence”

Inspirée de l’enfance de Juan Pablo Escobar, fils du célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar, Dear Killer Nannies : Creada por sicarios propose une relecture intime et dérangeante d’une histoire largement médiatisée. Loin de glorifier la figure du cartel, la série adopte le point de vue d’un enfant confronté à la violence héritée de son environnement familial. Entre mémoire, responsabilité et regard critique sur des récits longtemps romancés, la fiction entend ouvrir un nouveau dialogue à la fois en Amérique latine et à l’international.

Propos recueillis par Caroline Tracanelli pour La Montée Ibérique, lors d’un entretien téléphonique avec Juanita Molina et Janer Villarreal, organisé par Disney+ Latam dans le cadre du Series Mania.

Rencontre avec Janner Villareal et Juanita Molina

C’était votre première fois en France tous les deux. Comment avez-vous vécu l’accueil du public, notamment à Lille ?

Juanita Molina : Je me souviens avoir déjà fait une interview avec toi il y a quelques années Caroline?

Tout à fait, nous avons eu l’occasion de se rencontrer dans la cadre de la sortie de la saison 2 de La Reina del Flow.)

Juanita Molina : C’est un plaisir de revenir sur la Montée Ibérique avec ce nouveau projet et pour répondre à ta question oui, c’était une première pour nous deux. On est venus avec Janner, qui est le protagoniste de la série, et on a été très touchés par l’accueil. À Lille, le public a été incroyablement chaleureux, et le festival nous a reçus de manière exceptionnelle. Le jour de la projection nous a particulièrement marqués. Voir la série sur grand écran, ressentir les réactions du public… c’était très fort. Je pense que beaucoup de spectateurs ont été bouleversés, parce que l’histoire aborde une réalité très dure, très crue. Mais malgré cela, on est très fiers du résultat.

Janner Villarreal : De mon côté, je me sens à la fois très serein et très heureux. Cette série porte un message positif, même si elle s’inscrit dans une histoire souvent jugée et très controversée. Ce qui est important pour nous, c’est qu’il ne s’agit pas vraiment d’une série sur Pablo Escobar. Elle raconte avant tout le regard d’un enfant, celui d’un fils qui grandit dans la violence de son père et qui en hérite. Je pense que c’est une œuvre à laquelle le public pourra s’identifier, parfois de manière inconfortable, mais aussi profondément transformatrice. C’est pour ça que je suis très fier de ce que nous avons accompli.

Nanny’s Killer: Creada por sicarios , une histoire vue de l’intérieur :

La série s’inspire de faits réels et de personnes ayant réellement existé. Quelle liberté avez-vous eue pour construire vos personnages ?

Juanita Molina : De mon côté, l’approche a été un peu différente. Angie n’est pas une personne précise à proprement parler. Le personnage est en réalité une synthèse : nous sommes plusieurs nounous dans la série, mais chacune représente une partie des nombreuses personnes qui ont accompagné Juan Pablo au cours de son enfance. Il nous a raconté qu’il avait eu environ une cinquantaine de nounous au fil des années. Pour des raisons narratives, il a fallu condenser tout cela en cinq personnages. Angie est donc inspirée de toutes ces figures, de ces femmes qui ont fait partie de sa vie.

Janner Villarreal : Le personnage de Juan Pablo a représenté un défi important dès le début. Sur le plan émotionnel, je ne connaissais pas ces territoires que je devais explorer, et je m’en sentais même assez éloigné. J’ai donc essayé de m’en approcher à travers l’empathie, en partant de moi-même, avec un travail très personnel. Le scénario m’a beaucoup aidé : il est très bien construit pour comprendre le personnage et ses émotions. Mais ce qui a vraiment enrichi mon travail, c’est le processus au quotidien avec les réalisateurs,ainsi que l’accès direct aux témoignages de Juan Pablo lui-même.

Justement Janner, comment aborde t’on le fait de travailler avec l’homme qu’on doit interpréter?

Janner Villareal : Pouvoir écouter ses anecdotes, ses souvenirs, m’a permis de percevoir toute la complexité du personnage, toutes les nuances qui ne sont pas forcément visibles à l’écrit. Cela m’a aidé à construire une interprétation plus juste, plus honnête et plus responsable. Dans le cas de Juan Pablo, c’est particulièrement fort : ses décisions, mais aussi celles qu’il n’a pas pu prendre, façonnées par son environnement familial et par son père, le placent dans une situation extrêmement complexe. Il hérite d’un chemin qu’il n’a pas choisi. On découvre ainsi un personnage en quête permanente de paix, prêt à risquer sa vie pour trouver une forme de tranquillité intérieure.

Une série qui va créer le débat en Amérique Latine :

La série peut susciter beaucoup de débats, notamment en Amérique latine. Comment percevez-vous ces réactions, surtout auprès d’une génération qui a découvert ces histoires à travers les séries ?

Juanita Molina : Nous savons que nous abordons un sujet profondément douloureux. Personnellement, je ressens une grande empathie face à cette histoire et à la manière dont plusieurs générations ont grandi avec cette réalité. Je pense que la série propose justement un changement de point de vue. Contrairement à d’autres productions du même genre, nous ne cherchons pas à glorifier la violence. Au contraire, nous montrons les conséquences, dans toute leur brutalité, des choix liés à la violence.

Janner Villarreal : Oui, cette histoire s’inscrit dans un contexte qui peut sembler controversé, mais surtout entouré de nombreux préjugés. Ce qui est intéressant, c’est que chacun pourra voir la série, mais il faudra accepter de se confronter à quelque chose de profondément inconfortable : un miroir de notre humanité, et notamment de la violence. La violence, la colère, l’impulsivité font autant partie de l’être humain que l’amour. Ce sont ces émotions qui poussent les personnages à faire des choix, bons ou mauvais

Qu’espérez-vous de Dear Killer Nannies ?

Juanita Molina : Notre espoir, c’est que le message atteigne notamment les jeunes générations : qu’elles ne perçoivent pas ce chemin comme une voie vers le succès, et qu’elles choisissent de ne pas reproduire ces cycles de violence.

L’évolution des productions latines :

Ces dernières années, les séries latino-américaines se sont fortement internationalisées. Comment percevez-vous cette évolution ? Est-ce une opportunité pour vous ?

Juanita Molina : Je pense que nous vivons un moment très intéressant, notamment en Colombie. Les productions atteignent aujourd’hui un niveau de qualité très élevé. On voit émerger des histoires différentes, portées par des approches de plus en plus professionnelles. Et cela se reflète clairement dans la manière dont le public reçoit ces contenus, en Amérique latine mais aussi à l’international. Plus largement, je crois que cette richesse vient aussi de nos réalités.

Janner Villarreal : L’essor du streaming dans le monde latino-américain est, selon moi, une véritable opportunité presque un cadeau, et surtout quelque chose de mérité.
Il y a énormément de talent, énormément d’histoires qui valent la peine d’être racontées et qui méritent d’être connues à l’échelle mondiale.
En tant qu’acteur et artiste, je me sens moi aussi très privilégié de pouvoir évoluer dans ce moment que je considère comme historique.

Juanita Molina : En Amérique latine, nous avons traversé des contextes socioculturels très complexes, et cela nourrit des récits puissants, ancrés dans le réel. Nous avons une richesse presque infinie d’histoires à raconter, et j’ai le sentiment que le monde a envie de les entendre. Je me sens très privilégiée de pouvoir vivre ce moment si particulier pour l’industrie colombienne et latino-américaine.

Un message aux lecteurs de La Montée Ibérique Pour conclure, avez-vous un message à adresser à nos lecteurs en France ?

Juanita Molina et Janner Villarreal :
Bonjour, nous sommes Juanita Molina et Janer Villarreal. Nous adressons un grand salut à tous les lecteurs de La Montée Ibérique.
Nous vous invitons à ne pas manquer la sortie de la série, Nanny’s Killer: Creada por sicarios, disponible sur Disney+ à partir du 1er avril.

Dear Killer Nannies : Creada por sicarios, disponible sur Disney+ à partir du 1er avril.