Présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2024, Mi Bestia est un drame fantastique qui interroge la transformation et la mémoire collective à travers le regard d’une adolescente en pleine métamorphose. Inspiré des mythes et croyances colombiennes, le film se distingue par son approche poétique et oppressante. Nous avons rencontré sa réalisatrice, Camila Beltrán, qui nous dévoile les origines de son projet et son regard sur le cinéma.

Le cinéma fantastique a toujours été un terrain fertile pour explorer les angoisses profondes et les rites de passage. Mi Bestia s’inscrit dans cette tradition en offrant une relecture onirique du passage à l’âge adulte à travers un prisme culturel colombien. Dans un monde où les croyances populaires s’entremêlent avec le réel, Camila Beltrán propose une œuvre sensorielle et immersive qui plonge le spectateur dans un voyage initiatique. Entre influences autobiographiques et fascination pour les mythologies ancestrales, elle tisse un récit où l’intime rejoint l’universel.
Camila Beltrán : une cinéaste entre mémoire et onirisme
Originaire de Colombie, Camila Beltrán est une réalisatrice qui s’attache à explorer la dualité entre le réel et le fantastique. Après des études de cinéma en France, elle s’est imposée par sa capacité à mêler récit personnel et imagerie mythologique. Avec Mi Bestia, elle revient sur ses propres souvenirs d’enfance, nourris de superstitions et de contes populaires, pour livrer une œuvre intime et universelle.
« Ce film est né d’une sensation de vertige face aux croyances qui ont marqué mon enfance. J’ai voulu explorer la frontière ténue entre ce que l’on croit être vrai et ce qui l’est réellement », nous confie-t-elle lors de notre entretien.
Découvrez notre entretien exclusif avec Camila Beltrán en vidéo, où elle revient sur la genèse du film et ses inspirations.
Mi Bestia : Une transformation sous le signe de l’éclipse
Mi Bestia se déroule à Bogotá en 1996, alors qu’une éclipse lunaire rouge suscite des peurs apocalyptiques. Mila, 13 ans, vit une mutation physique et psychologique, en proie à des visions qui brouillent les limites entre rêve et réalité. En s’appuyant sur une mise en scène sensorielle et une esthétique envoûtante, Beltrán joue avec l’ombre et la lumière pour illustrer l’affrontement entre l’humain et l’animalité.
Produit par Felina Films et Films Grand Huit, ce thriller de 75 minutes est un bijou de tension et de mystère qui convoque des références allant de La Belle et la Bête aux récits initiatiques traditionnels.
La critique de la rédaction :
Avec Mi Bestia, Camila Beltrán livre un conte moderne qui résonne avec les récits de transformation féminine dans le cinéma mondial. À l’instar de Carrie de Brian De Palma ou La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic, le film nous plonge dans l’intériorité d’une jeune fille aux prises avec des forces qu’elle ne comprend pas encore.
Mais au-delà du parcours personnel de Mila, c’est une mémoire collective qui s’exprime, celle de générations de femmes façonnées par des croyances ancestrales. Beltrán capte avec une grande justesse l’inquiétante étrangeté de l’adolescence, où le corps se transforme dans une confusion entre désir, peur et fascination. La mise en scène, inspirée du documentaire, confère au film une intensité rare, tandis que la lumière et le grain de l’image renforcent son ancrage dans une époque révolue.
L’usage du son, à la fois brut et immersif, participe à cette atmosphère hypnotique, plongeant le spectateur dans un état proche du rêve éveillé. Chaque plan semble habité par une énergie primitive, rappelant que Mi Bestia ne se contente pas de raconter une histoire, mais cherche à éveiller des sensations profondes.
Porté par une mise en scène maîtrisée et une actrice principale troublante de justesse, Mi Bestia est une œuvre qui marque durablement. Camila Beltrán ne se contente pas d’évoquer le passage à l’âge adulte ; elle en fait une expérience sensorielle et spirituelle, un miroir dans lequel chacun peut projeter ses propres peurs et souvenirs.
Pour découvrir cette œuvre fascinante, rendez-vous dans les salles à partir du 4 septembre. Le film sera ensuite disponible en DVD et VOD pour prolonger l’expérience et replonger dans son univers hypnotique.