Medusa : comment Netflix a fait parler de la série en essayant de la faire taire?

La saison 2 de Medusa vient d’arriver sur Netflix. Et si vous avez suivi l’actualité des séries colombiennes ces derniers mois, vous savez probablement que le thriller porté par Juana Acosta, Manolo Cardona et Sebastián Martínez n’est pas exactement passé inaperçu. Et pour cause : si la sulfureuse fiction a fait parler grâce à son casting, notamment avec la présence de Carlos Torres, elle s’est aussi retrouvée au cœur des discussions après avoir été menacée de censure. Pourtant, vous allez découvrir en lisant cet article que la réalité est bien plus nuancée qu’elle n’y paraît…

Medusa : comment Netflix a fait parler de la série en essayant de la faire taire?
Medusa : comment Netflix a fait parler de la série en essayant de la faire taire?

Que ferait-on sans les séries colombiennes ? Netflix met la Colombie à l’honneur depuis de nombreuses années et on peut dire qu’elle le lui rend bien. Entre le phénomène international La Reina del Flow ou encore la sulfureuse fiction Faux Profil, on peut dire que la Colombie a trouvé la recette pour nous rendre accros à ses programmes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Medusa se soit rapidement imposée dans le cœur des abonnés de la plateforme. Pourtant, vous allez voir que cette série s’est rapidement détachée des autres à cause d’une soi-disant censure qui a fait parler tout un continent et qui n’était en réalité qu’une stratégie judicieusement mise en place…

Medusa : les coulisses d’une fausse censure…

Lancée en mars 2025, la première saison de Medusa s’est rapidement imposée parmi les succès de la plateforme. Au premier semestre 2025, Netflix comptabilisait ainsi 21 millions de vues pour la série dans le monde, faisant du programme l’un des grands succès de la production colombienne de la plateforme sur cette période. Toutefois, le succès de la fiction ne s’explique pas uniquement par son intrigue, son casting ou son potentiel addictif. En effet, il faut savoir qu’avant même sa mise en ligne, la série portée par Juana Acosta avait déjà fait énormément parler d’elle en Colombie à cause d’une menace de censure….

Tout commence par une vidéo publiée par l’avocat Abelardo de la Espriella qui annonçait alors qu’il avait obtenu l’annulation de son lancement, au nom de la défense d’une puissante famille de Barranquilla qui aurait été, selon les spéculations, représentée dans Medusa. À ce moment là, la presse colombienne s’empare immédiatement de l’affaire et les articles se multiplient. Le bruit court que la série est en réalité inspirée de faits réels et qu’elle va dénoncer la puissante famille ayant en son pouvoir une partie de la Colombie. Medusa devient alors d’une symbole de liberté d’expression voir même de pouvoir de dénonciation d’une réalité. Sauf que la vérité est ailleurs… 

La polémique n’était pas exactement ce qu’elle semblait être.

Au moment de la sortie, la Montée Ibérique suit attentivement la communication et nous allons même jusqu’à faire un article qui vous explique pourquoi la série a failli été interdite… Sauf que la polémique n’était pas exactement ce qu’elle semblait être et je l’ai découvert quelques mois plus tard, presque par hasard, au Cannes Lions 2025, le festival de la créativité. Au détour d’une exposition, le cas de Medusa est expliqué voir nominé pour sa stratégie marketing.

En effet, derrière cette prétendue affaire de censure se cachait en réalité une campagne marketing particulièrement audacieuse, imaginée par l’agence colombienne Sancho BBDO pour Netflix et baptisée Self Banned. Le projet était même présenté aux Cannes Lions, où il figurait dans la shortlist de la catégorie PR. Et cette fois, Netflix ne raconte pas l’histoire d’une série qu’un avocat aurait voulu censurer mais en réalité comment elle a fabriqué cette histoire. Alors, qu’est-ce qui était vrai ?

Le premier élément de la campagne était bien réel : Abelardo de la Espriella existe bel et bien. Avocat très médiatique en Colombie, il est connu pour avoir représenté des personnalités puissantes et pour son omniprésence dans les médias. C’est précisément cette image qui intéressait Sancho BBDO. L’agence ne voulait pas d’un influenceur traditionnel chargé de dire du bien de Médusa. Elle cherchait au contraire une personne suffisamment crédible pour pouvoir apparaître comme totalement extérieure à la campagne. Mais son intervention n’était pas spontanée.

Sancho BBDO explique aujourd’hui que l’agence et l’avocat ont travaillé ensemble à la construction de son rôle et de ses prises de parole. Le scénario devait être suffisamment crédible pour provoquer une véritable réaction, tout en restant dans les limites juridiques fixées pour la campagne. Chaque apparition, chaque déclaration et chaque publication participait ainsi à la construction du récit. Le principe était particulièrement simple : faire croire qu’un véritable conflit venait de naître autour de la série.

Dans la vidéo qui a lancé l’opération, De La Espriella se présente ainsi comme le défenseur d’une puissante famille prétendument représentée dans Médusa. Il réclame l’annulation de la série et affirme avoir obtenu le retrait des affichages. Mais il ne donne jamais explicitement le nom de cette famille et c’est précisément ce qui permet à la rumeur de prendre. À partir de là, les internautes vont faire des spéculations… Finalement, la campagne vient de trouver son moteur narratif : Netflix n’a pas besoin d’affirmer que la série raconte l’histoire d’une véritable famille. Il suffit de laisser le public se poser la question.

Netflix simule la censure :

Mais pour que cette histoire de censure soit crédible, il fallait évidemment une deuxième étape. L’avocat pouvait bien demander l’annulation de la série : encore fallait-il donner au public l’impression que quelque chose était réellement en train de se passer. Netflix va donc jouer le jeu en retirant les affichages extérieurs de Médusa et en supprimant carrément les trailers des plateformes. Finalement, la disparition de la campagne devient elle-même une preuve apparente de la censure.

Et c’est là que le dispositif devient particulièrement malin : Netflix ne dit pas publiquement « regardez comme nous sommes censurés ». La plateforme crée plutôt les conditions permettant au public et aux médias de constater eux-mêmes que les éléments promotionnels ne sont plus là. La campagne repose alors presque entièrement sur la conversation qu’elle provoque. Selon le case study présenté par l’agence, aucun paid media n’a été utilisé. Plus de 720 médias ont repris l’histoire, contribuant à la diffuser dans tout le pays. La campagne revendique au total 3,5 millions de dollars d’earned media et plus de 208 millions d’impressions.

Autrement dit : au lieu d’acheter de l’espace pour parler de Médusa, Netflix a créé une histoire suffisamment intrigante pour que les médias parlent eux-mêmes de Médusa.Et c’est probablement le point le plus fascinant de toute cette opération.

Le génie de Self Banned de communication tient finalement à son renversement complet de la logique publicitaire traditionnelle. Netflix aurait pu multiplier les affiches, les interviews, les bandes-annonces, les influenceurs et les extraits de la série. À la place, la plateforme a fait disparaître sa propre publicité faisant croire à une forme de censure et a créé un buzz international. Et surtout, la campagne s’est construite en plusieurs actes : la série et la supposée ressemblance avec une famille réelle, l’intervention d’Abelardo de la Espriella, puis l’affrontement avec Netflix et la disparition progressive des éléments promotionnels. Le récit pouvait ainsi se déployer comme une véritable histoire, avec ses zones d’ombre et ses théories.

Parce qu’en brouillant volontairement les frontières entre fiction, communication et actualité, Netflix ne s’est pas contenté de promouvoir une histoire : la plateforme en a créé une nouvelle autour de sa propre série.

Médusa, une fiction qui a joué avec le réel

Reste alors une dernière question : que reste-t-il de cette polémique lorsque l’on regarde réellement Médusa ? Pas grand-chose, finalement, si ce n’est le souvenir d’une campagne particulièrement bien orchestrée.

Médusa est avant tout un thriller familial et criminel, construit autour d’un empire commercial, de luttes de pouvoir, de secrets, de trahisons et d’une tentative d’assassinat. Bárbara Hidalgo est une femme d’affaires influente et l’héritière d’un puissant conglomérat colombien. À peine nommée à la tête de l’empire familial, elle est victime d’une mystérieuse explosion sur son yacht. Alors que tout le monde la croit morte, elle survit. À son retour, elle doit retrouver une partie de ses souvenirs tout en cherchant à comprendre qui a voulu la supprimer, dans un univers où les intérêts familiaux et économiques s’entrechoquent. Autrement dit : nous sommes bien dans la fiction.

Bien sûr, l’univers des grandes familles économiques, les rapports de pouvoir ou encore certaines dynamiques de la société colombienne peuvent rappeler des réalités existantes. Mais rien dans le dispositif narratif de la série ne permet de la considérer comme le récit d’une famille réelle. La série raconte l’histoire des Hidalgo, de Bárbara et de l’empire Medusa : des personnages et un univers fictionnels au cœur d’un thriller parfaitement assumé comme tel.

Et c’est justement ce qui rend la campagne Self Banned aussi intéressante.Netflix n’a pas vendu une histoire vraie. Netflix a vendu l’idée que son histoire pourrait l’être et la nuance est fondamentale.

Car le spectateur qui découvre aujourd’hui Médusa après avoir entendu parler de la polémique de 2025 peut très bien se demander comment une telle affaire a pu naître. La réponse se trouve finalement dans le dispositif marketing : la campagne n’avait pas besoin de convaincre le public que les Hidalgo existaient. Elle avait simplement besoin de créer suffisamment de doute pour que chacun se pose la question. Puis, une fois la série lancée, le mystère change de nature.On ne cherche plus à savoir si Bárbara Hidalgo existe Maus plutôt qui a essayé de la tuer…

Un an et demi après cette campagne, Médusa est de retour sur Netflix pour une deuxième saison. On retrouve donc la famille Hidalgo et cet univers de pouvoir, d’argent et de rivalités qui faisait le sel de la première saison. Après la tentative d’assassinat dont elle a été victime, Bárbara doit toujours composer avec les tensions qui entourent son empire familial, tandis qu’une nouvelle série de meurtres vient une nouvelle fois bouleverser l’équilibre déjà fragile de la famille.

La saison 2 reprend ainsi directement les enjeux installés dans la première, avec toujours ce mélange de thriller, de secrets de famille et de luttes de pouvoir. Et pour les amateurs de séries colombiennes, c’est aussi l’occasion de retrouver Carlos Torres dans un registre assez différent de celui de Charlie dans La Reina del Flow. (netflix.com)

Au fond, c’est peut-être aussi ce qui permet aujourd’hui de remettre Médusa à sa juste place : celle d’un thriller colombien assumé, avec ses codes, ses excès et son goût pour les histoires de familles puissantes qui cachent forcément quelques secrets.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *